Vladimir Nabokov (1899 -1977) quitte la Russie en 1919, étudie à Cambridge avant de s’installer à Berlin, où il écrit ses premiers textes, puis à Paris. En 1939, il émigre aux Etats-Unis et enseigne la littérature russe. A partir de 1941, il n’écrira plus qu’en anglais. Lolita (1955) le rend célèbre. Il passe les dernières années de sa vie dans un hôtel de Montreux, en Suisse
Joseph Brodsky (1940 -1996). Le jeune poète est envoyé en relégation dans le Grand Nord avant d’être expulsé de l’URSS en 1972. Il s’installe aux Etats-Unis où il enseigne la littérature, et obtient le prix Nobel en 1987. A l’exception de la poésie, il écrit en anglais. La vie des deux hommes est parallèle. Elle est le fil conducteur de ce billet.Avec l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir et la chute du communisme, la « nostalghia » (de nostos, le retour, et alghia, douleur) dont les premiers émigrés avaient si cruellement soufferts et que certains avaient exploité sous couvert de cette « âme slave » si chère aux Français, refit surface. Paradoxalement, ce furent surtout les non-Russes qui incitèrent les émigrés au retour. La question-test : « Etes-vous déjà allée en URSS? » devint : « Et maintenant, vous allez rentrer? »… « Il est trop tard », disais-je, arguant famille, travail et habitudes de vie, sachant depuis longtemps que je n’irai jamais vivre en Russie. Le mythique point de départ de mes parents s’était depuis longtemps inversé au profit du point d’arrivée, départ d’une nouvelle vie. Nouveaux rivages, nouveaux ancrages. Et il apparut très rapidement que non seulement la grande majorité des émigrés de la seconde génération mais également ceux qui, dans les années soixante-dix, étaient arrivés dans le sillage des « dissidents », choisirent de rester en Occident. Les patriotes les plus ardents se contentèrent d’effectuer de nombreux allers-retours en Russie. Recrutés dans un premier temps par des firmes françaises, certains émigrés restèrent sur place afin de créer leur propre entreprise. Il y eut des mariages « mixtes » au sein desquels l’un des parents, venu de France, s’employait à maintenir dans la famille l’usage du français, et non plus du russe. Lire la suite














