Marina, Sophie Nicolaevna Gorboff, Vladimir, Marie et Catherine Litviak, Sophie, Juliette et Michel Gorboff, 1943. Archives Gorboff (c)
Après un passage en Allemagne où mon grand-père Nicolas Gorboff meurt en 1921, un an à peine après avoir quitté la Russie, la famille Gorboff s’installe à Paris (1934).
Comme tant d’émigrés, ils apprendront, selon Dante, à « monter les escaliers d’autrui ». Aucun Gorboff né en Russie n’est retourné en URSS et aucun d’entre eux n’a vu la chute du communisme. Le premier voyage d’un membre de la famille Gorboff en Russie fut le mien, en 1961, mais j’étais née en France et ce n’était déjà plus pareil.
En me penchant ainsi sur les membres de la famille Gorboff d’avant et après l’exil, j’ai l’impression de marcher sur les traces des « Disparus » de Daniel Mendelsohn. Telle n’était pas mon intention, mais c’est bien de disparus dont il est question, d’hommes, de mondes et de mémoire effacée.Lire la suite →
Michel Gorboff (1898-1961) vers 1918. Archives familiales(c)
Michel Gorboff (1899-1961), mon père, a rédigé ses souvenirs vers 1954, à l’âge de 56 ans. Ils sont demeurés inachevés. Ma mère me les a remis en 1995, lors de la rédaction de « La Russie fantôme ». Papa ne m’avait jamais parlé de ce texte : j’avais dix-huit ans et ma vie était ailleurs.
La publication de ces souvenirs de la guerre civile a d’abord été réalisée en russe par la revueZvezda (2003, n°11). En février 2019, ils ont été inclus dans ce blog.
Il m’a semblé que leur mise en ligne s’imposait également en français, notamment pour les descendants des émigrés de 1920 ne lisant pas le russe. Pour une meilleure lisibilité, j’ai fragmenté le texte en trois parties.
Le désir de vous décrire, à toi, ma fille, et à toi, ma femme, ce qu’il m’a été donné de voir et de vivre m’est soudain revenu après avoir rencontré un camarade de la guerre civile. Il m’est apparu que j’avais déjà oublié beaucoup de choses, que je ne pouvais plus me rappeler la chronologie des événements, ni même le nom de tel ou tel autre individu, et que cette rencontre avait réveillé tous mes souvenirs. En trente-quatre ans, le temps a fait son œuvre, arrondissant les angles aigus, effaçant les choses encombrantes de ma mémoire. Il n’a ménagé qu’une seule chose : le sentiment que ces temps difficiles ont été pour moi les meilleurs moments de la vie. Jamais, plus tard, il ne m’a été donné de brûler d’une telle ardeur, jamais je n’ai retrouvé un idéal aussi élevé au nom duquel il fallait non seulement lutter, mais risquer sa vie. Lorsque cette flamme s’est éteinte, lorsqu’elle a été remplacée par la vie quotidienne avec ses grandes et petites difficultés, lorsque les mois et les années d’une existence difficile et souvent ennuyeuse se sont écoulés, alors, me retournant vers le passé avec ce camarade soudain retrouvé, j’ai perçu avec une force accrue le sens de ma participation à cette terrible guerre. Ce sens n’existe que pour moi et cela pour une raison bien simple : je n’ai pas à rougir en évoquant cette époque. Je ne pouvais alors ni donner davantage, ni faire plus, et ce sentiment m’est cher au soir de ma vie car j’ai commis de nombreuses erreurs et les choses n’ont pas été faites comme elles auraient du l’être. Et l’on ne peut plus rien, désormais.Lire la suite →
En cette fin janvier 2026, morts ou vifs, tous les otages israeliens ont été rendus à Israëlpar le Hamas.J’ avais écrit ce texte à l’intention de ceux qui, dans mon entourage, étaient indifférents à leur sort, ainsi que pour moi -même, tantl’écriture est un refuge. Un champ élargi de lecteurss’est imposé soudain...
Aujourd’hui,
Je regarde les témoignages des survivants du massacre, Les épaules dénudées de ces belles Israéliennes semblables à des plantes, Leurs piercings, leur regard absent Comme celui des jeunes gens fauchés dans la gloire de leurs corps tatoués, Je regarde les mères effondrées ou vengeresses, Les larmes des pères vieillissants, colonels de réserve, Et ces personnes âgées Au style inimitable de la gauche militante porteuse de pancartes, Qui parlent de leur vie, de leur non-vie, dans les tunnels du Hamas, L’obscurité, les coups, la solitude, la faim, La perversité de ceux qui les obligent à regarder les videos du massacre, La peur, le viol, les excréments, les rats Je suis choquée Et pense malgré moi : ces hommes et ces femmes Tellement semblables à ceux que nous côtoyons, Tellement libres d’allure et de mœurs Qui nous ressemblent tellement par leurs attitudes et leurs codes vestimentaires, Ces jeunes gens qui ne pensaient qu’à s’amuser LOVE, bisous, je t’aime, etc… Et ces adultes épanouis dans le confort d’une vie bien réglée, Est-ce vraiment là des juifs ?
A mille lieux du monde exotique des caftans et des shtetls, Sous un soleil ardant, Ils ont revécu la terreur existentielle des pogroms de leurs pères, Ils ont vu l’innommable Ont désespérément couru pour échapper aux tueurs qui les tiraient comme des lapins, Et qui, kalach dans une main, iphone dans l’autre, Filmaient le massacre et envoyaient des selfies : Papa, j’en ai tué huit ! Ils ont tremblé de toutes les cellules de leurs corps Une peur irraisonnée a coulé dans leurs veines Nova, Nir Oz et Kfar Aza sont désormais inscrits dans leur sang
FUCK THE JEWS !
Ce sont eux qui sont restés des heures allongés sous le corps de leurs proches, Vu la face explosée de leur petite soeur, le viol de leur mère L’assassinat de leur voisin rescapé des camps, Est-ce bien là ce peuple que j’admire et que j’aime Celui qui ne ressemble à aucun autre Le peuple de Dieu, le peuple du Livre, Ce peuple au nom impérissable dont parle le prophète
Et je leur donnerai un Nom impérissable
La place des Otages à Tel Aviv est aujourd’hui pour moi le centre du monde Tous les matins, j’écris ce texte sur mon ordinateur, Je le peaufine et le modèle tel une icône, image de ma douleur, Elle est ce lieu unique où je voudrais me tenir en silence Comme il y a dix ans, à Auschwitz, Elle est la cicatrice toujours vivante du massacre Fleurs, bougies, photographies des morts, Leur beauté, leurs visages, leurs sourires, leurs yeux Et la présence de ceux qui les aiment, J’ai toujours cru en la force des lieux Car les morts gouvernent les vivants
Et je leur donnerai un Nom impérissable
Claude Lanzmann a choisi la parole d’Isaïe Pour l’ouverture de son film,Shoah, Car il savait que ce ne serait pas un film ordinaire, Si l’on peut employer ce mot à propos de la destruction d’un peuple, Mais le kaddish des juifs et des non-juifs, Des croyants et des non-croyants, Shoah est le verbe incarné des derniers témoins de la Catastrophe L’ultime témoignage des vivants Qui ont vu ce qui n’aurait jamais dû exister en ce monde
Gloire à celui Qui nous a permis de voir et d’entendre ce que nous avons vu et entendu, Gloire à toi, Claude Lanzmann, Que ton nom soit béni, Trente années après la fin de la guerre, Tu as retrouvé ceux qui ont vu les juifs brûler en enfer, Tu as retrouvé Abraham Bomba, le coiffeur de New York et de Tel Aviv, Une minute à peine avant la fermeture des portes de la chambre à gaz Il coupait encore les cheveux des femmes nues qui croyaient aller à la douche, Abraham Bomba avait demandé à mourir avec elles Mais on l’avait envoyé trier leurs cadavres, Tu as retrouvé Le Polonais Henrik Gradovsky, conducteur de la noire locomotive du train Des mois durant, il a déversé ses chargements de juifs hongrois Dans les chambres à gaz de Treblinka, Il les a entendu crier dans les wagons à bestiaux qu’il ramenait à vide Pour charger de nouvelles fournées de combustible humain, Henrik Gradovsky, Au visage à jamais présent dans nos mémoires Comme sur l’affiche du film, Trente années de douleur et de silence enfin brisés, Personne avant toi ne leur avait demandé de raconter ce qu’ils avaient vu, Ils n’attendaient que toi pour parler, Tu nous as donné la Shoah en héritage Et face au 7 octobre, ta parole nous guide aujourd’hui A nous de parler, Pas demain, pas dans trente ans, aujourd’hui
Юлия Алексеевнa Горбовa (1904-1998) Париж, 1995. Cемейный архив М. М. Горбовой (c)
Юлия Алексеевнa Горбовa, Париж, 1930. Cемейный архив М. М. Горбовой (c)
Исходнаяточка : фотография мамы молодой, такой, какой я ее никогда не видела. Напротив та мама, которую помню только как старую, или очень старую, даму. Точка прибытия известна: уже почти двадцать лет, как ее нет, и, несмотря намногочисленные разногласия, противостоявших нам, я не могу забыть ее. В этом блоге, призванном служить опорой памяти моих потомков, речь пойдет только о ее страстной привязанности к России, где она никогда не была, о ее общественной деятельности в различных русских благотворительных организациях и о ее антисемитизме, который так тревожил нас. Остальное – наша привязанность, недомогания, радости и печали – относится к семейной передаче, прежде чем время окончательно сотрет следы нашей семьи.Lire la suite →
Petrovskoe. The family house of Nicolas and Sophie Gorboff. Archives Gorboff(c)
It started as it had everywhere else: a visit from the soldiers on the pretext of searching for firearms. There were six of us in total, living in the countryside: my sick husband, still bedridden after a very serious illness, my two daughters, my grandson, our nurse and myself. All of our young men were in the army at that time.
It was a November afternoon, a few days after the Bolsheviks coup d’état. I was informed that the yard was full of peasants who continued to arrive in large numbers, wives and children included.
TRADUIT DU FRANCAIS :gorboffmemoires.wordpress.com. Merci Bakou, août 2015
1975 год. Визит во Францию министра здравоохранения Бориса Петровского. Его принимает французский министр Симона Вейль. Я перевожу речь, она слушает. Это было до мобильных телефонов, и у меня мало изображений моей переводческой деятельности : официальные фотографы редко давали фотографии переводчикам. Архив М.М.Горбовой (c.)
С 1963 по 1997 год я работала переводчиком русского языка для Министерства иностранных дел Франции. Холодная война была в разгаре, и обеспечение связей между двумя политически противоположными мирами было далеко не просто, особенно для потомка русских эмигрантов, глубоко враждебных коммунизму.
Это было непросто так же и потому, что в те далекие времена, события, происходящие в СССР, никого не оставляли равнодушными: вторжение советских войск в Чехословакию (1968), издание Архипелага ГУЛАГ на Западе (1974), процесс Синявского и Даниэля (1966), ссылка Синявского (1972), Бродского (1972), Солженицына (1974), Буковского (1976), Ростроповича (1978)… Вновь прибыв на Запад, диссиденты влияли на общественное мнение, громко осуждая советскую власть. Светлая фигура Сахарова, сосланного в Горький (1980), создание Солидарности в Польше (1980), и, конечно, «досье Фэруэлла» (1983), ставшее причиной высылки из Франции 47 членов советского посольства, широко обсуждались международной и французской прессой. Перестройка Горбачева, падение Берлинской стены (1989), путч 1991 года и приход Ельцина к власти – все вело к ожидаемому концу Советского Союза.Lire la suite →
De tous les récits de papa sur son enfance, l’un de ceux que je préférais était celui où toute la maisonnée, adultes, domestiques, enfants, transportait sur la pelouse les livres – près de 20 000 – de la bibliothèque de son père, Nicolas Gorboff. A l’ombre des grands arbres de Petrovskoe, l’air et la lumière arrivaient enfin jusqu’aux pages largement déployées qu’il fallait dépoussiérer et aérer, tout en évitant le soleil, les insectes, les brins d’herbe…
Connaissant l’attachements de mes grands-parents à leur bibliothèque, je présume que les livres devaient être rentrés le soir même, de crainte de l’orage. Je les imagine houspillant leur monde, les enfants jetant en douce des regards dans les livres illustrés pour voir s’il n’y avait pas d’image « intéressante », les domestiques énervés par ce surcroît de travail et, pour tous les participants à ces journées de dur labeur physique car il fallait probablement plusieurs jours pour venir à bout de cette tâche, les courbatures du lendemain.
Cette grande lessive « intellectuelle » semblable au grand nettoyage qui précédait jadis l’arrivée du printemps et la fête de Pâques (tellement importante chez les orthodoxes) était une sorte de cérémonie au cœur de l’été; je comprends que mon père ne l’ait pas oubliée. Nous vivions alors dans un petit appartement d’une pièce-cuisine à Suresnes, dans la banlieue de Paris. Cette grande maison pleine d’enfants et de livres a été pour moi l’incarnation du bonheur et de la Russie perdue (espace, fratrie, absence de préoccupations matérielles)…Nul ne s’étonnera que plus tard, les murs de mes appartements aient toujours été couverts de livres.
C’était à Berlin. A la sortie de Hohenschönhausen, la tristement célèbre prison de la Stasi transformée en musée, Arthur Koestler (1905-1983) s’est rappelé à moi. Je ne me souviens plus des ouvrages de la librairie – ils étaient en allemand -, mais j’ai reconnu Le Zéro et l’Infini (1941) et La Lie de la Terre (1942). Pour la première fois depuis mon arrivée en Allemagne, nazisme et communisme étaient ouvertement associés ; la Stasi avait favorisé ce rapprochement. Et dans cette ville aux multiples cicatrices, il ne cessait de s’imposer à moi…
Les Allemands avaient raison de mettre en avant les ouvrages très largement autobiographiques d’Arthur Koestler, juif hongrois, membre du Komintern de 1931 à 1937, écrits sous le choc d’une rupture avec Moscou, d’autant plus douloureuse que l’engagement avait été total. Il savait que l’emprisonnement, les aveux et l’exécution du stalinien Roubachof auraient pu être les siens. Il savait également que l’écriture est une forme de thérapie et qu’au-delà de son témoignage – un devoir – , elle l’aiderait à préserver un certain équilibre mental. « Je suis en paix avec moi-même parce que j’ai témoigné » écrit Primo Levi à la même époque. Lire la suite →
TRADUIT DU FRANCAIS : gorboffmemoires.wordpress.comQui se souvient encore de Roubachef ?, mars 2017
После »Darkness at noon » (1941) Артур Кестлер(1905-1983) прекращает развивать свой « политический невроз » в 1950 году, чтобы писать на научные и философские темы. Неравнодушен к женскому вниманию и алкоголю, больной, он кончает жизнь самоубийством вместе со своей третьей женой.
Darkness at noon, 1941
Берлин, 2010 год. На выходе из Хоэншенхаузена, печально известной тюрьмы Штази, превращенной в музей, я увидила в книжном магазине музея Darknessatnoon (1941) Артура Кестлера (1905-1983); книга была переведена в 1989 году на русский язык под заглавием Слепящая тьма. Впервые со времени моего приезда в этот раненый историей город, параллель между нацизмом и коммунизмом открыто проводилась в таком символическом месте, как тюрьма Штази. Lire la suite →
TRADUIT DU FRANCAIS :gorboffmemoires.com. Les écrits de la famille Gorboff
Марина,Софья Николаевна Горбовы,Владимир,Мария,Екатерина Горбова/ Литвяк,Софья,Юлия,Михаил Горбовы, Париж,1943 г. Архив М. М. Горбовой(с)
После Германии (Висбаден, Пассау) где Николай Михаилович Горбов умирает в феврале 1921 года, три месяца после отъезда семьи из России, Горбовы переезжают в Париж (1934). Как и многим эмигрантам, им придется, по словам Данте, «…ступать по чужим лестницам». Ни один Горбов, родившийся в России, не вернется в СССР, и никто из них не увидит падения коммунизма. Первая поездка члена семьи в Россию была моей, в 1961 году, но я родилась во Франции и не возвращалась на родину.
Глядя на фотографии Горбовых до и после изгнания, мне иногда кажется, что я иду по стопам Даниэля Мендельсона в поиске своей пропавшей семьи (Пропавшие,2006). Наши поиски различны, но в обоих случаях речь идет о пропавших людях, мирах, о стертой памяти.
Читатель понял, что сохранение и передача семейной памяти Горбовых, а также и памяти других эмигрантских семей, русских или нерусских, но всё же подвергнутых изгнанию, является целью этого блога. Lire la suite →
TRADUIT DU FRANCAIS : gorboffmemoires.wordpress.com Jacques Gorbof, lettres à Vera (8 septembre 2018)
Яша и Вера Горбовы, Пассау (Германия), 1923 г. Архив М. М. Горбовой (с)
Яков Николаевич Горбов (1896-1981), который, в отличие от остальных русских эмигрантов, писал свое имя с одним, а не с двумя «f» – Gorbof – был на два года старше моего отца Михаила (1898-1961). Они вместе росли, вместе прошли Гражданскую войну, эмигрировали, познали нищету… Бездетный, дядя Яша (никто, ни в семье, ни среди его французских друзей, не называл его иначе как Яша) также был моим крестным отцом, и он вел меня в церковь когда я выходила замуж, через два года после смерти папы.
Общее детство, первые годы изгнания, проведенные бок о бок (Висбаден, Мюлуз, Лион, такси в Париже…) эта близкая и параллельная траектория должна была еще больше сблизить братьев. И все же что-то разделяло их: я чувствовала это ещё ребенком и осознала взрослой. Я также замечала это в той, всегда несколько ироничной, манере, с которой дядя Яша обращался к моей матери. Мы его редко видели. И, сказать по правде, я его не любила. Первое воспоминание: мне десять лет, мы ждем дядю Яшу, я взволнована его приездом, знаю, что он «пишет» (трудно себе представить значимость этого слова). «Я принес тебе подарок», – говорит он и дает мне свою маленькую фотографию, подобную тем, что на паспортах… И еще: мне 24 года, отец только что умер, я стараюсь сблизиться с плохо знакомым дядей, голос которого так похож на папин голос. Он спрашивает: «Ты такая же легкомысленная (его слово намного сильнее), как твой отец? ». Как можно задавать такие вопросы? Lire la suite →
Petrovskoe, le domaine familial des Gorboff. « Le charme incomparable de cette maison de campagne dotée d’une bibliothèque moderne » écrit Jules Legras en 1925.(c) Archives Gorboff
A l’ombre des grands arbres de Petrovskoe enfin retrouvé – dont je cherchais depuis longtemps les photographies -, l’heure est apparemment venue de clore ce blog. A moins de nouveaux événements ou d’archives exceptionnelles, j’ai le sentiment d’avoir épuisé le thème de la chronique familiale ainsi que celui de l’émigration russe, telle qu’elle fut vécue par ma génération. La page est tournée. Le communisme s’est effondré, les émigrés de 1920 sont morts et, bien intégrés dans la société française, leurs enfants disparaissent à leur tour. L‘émigration russe ne repose plus que sur ses œuvres, les archives et le souvenir que nous gardons de nos parents.
Nul ne s’étonnera que j’aie légué mes archives à des archives publiques françaises. Après moi, les manuscrits de Sophie et Michel Gorboff ainsi que mes textes formeront le fonds Gorboff des archives municipales de Dijon. Dès aujourd’hui en ligne, il est libre d’accès, accessible aux descendants des émigrés comme aux chercheurs. Pourquoi Dijon ? Parce que je dois la préservation du manuscrit de ma grand-mère, Un pogrome en Russie centrale (1919), au fonds Jules Legras, ce témoin irremplaçable de la vie des Gorboff avant et après l’exil. D’autres villes françaises possèdent des fonds slaves qu’elles ne demandent qu’à enrichir. Afin que nos archives papiers ne soient pas perdues, ou rapatriées en Russie et soumises à des restrictions d’accès, j’ai pensé que telle était la meilleure solution. Lire la suite →