
Jules Legras (1867-1939), professeur de russe à la Sorbonne, auteur de nombreux ouvrages sur la Russie.
C’est à Berlin, où le jeune étudiant Jules Legras (1867-1939) prépare l’agrégation d’allemand, qu’il rencontre des étudiants russes et découvre ce qu’il est convenu d’appeler ‘l’âme slave’… C’est le choc : Jules Legras apprend le russe et, deux ans plus tard, effectue un premier voyage en Russie (1892). Sa vie bien réglée d’universitaire enseignant la littérature allemande à Bordeaux et à Dijon balance désormais entre deux pôles, dont l’un domine : il aime la Russie – la langue, les hommes, la littérature, la manière de vivre, les paysages – avec une passion d’autant plus forte que lui-même n’est pas russe. De nombreux voyages en Russie et en Sibérie font de lui un slavisant reconnu et le conduisent à la Sorbonne où il enseigne la littérature russe de 1929 à 1936.
Je suis partie à la découverte de Jules Legras munie de deux indications : ce slavisant ami de la famille Gorboff avait demandé ma grand-mère Sophie Nicolaevna (1863-1949) en mariage. Jules Legras vivait à Dijon et un fonds d’archives, apparemment très riche, était conservé à la bibliothèque municipale de la ville. Et en effet, ce que j’ai découvert – un texte manuscrit totalement inconnu de Sophie Nicolaevna intitulé Un pogrome dans la Russie centrale (1919) – a dépassé mes prévisions les plus optimistes.
J’avais un autre élément en ma possession : ceux auxquels le nom de Jules Legras n’était pas inconnu affirmaient d’une voix quasi unanime qu’il avait travaillé pour le renseignement militaire français, le 2e Bureau. Dans un livre intitulé Mémoires de Russie (1920), Legras fait ouvertement mention de cette appartenance. Lire la suite












