En partant pour Berlin en mai 2010, je pensais avoir depuis longtemps tourné la page de l’émigration russe. Je voulais revoir la ville sans le Mur, tenter de comprendre la relation des Allemands avec leur passé et, notamment, Auschwitz….A mon grand étonnement, ce voyage m’a conduit vers une autre mémoire, non moins douloureuse, celle de la Russie post-communiste et de retour à Paris, j’ai noté mes réflexions dans un texte intitulé Quelles mémoires ? Premier billet de ce blog créé en janvier 2015, il lui a donné son nom. La version qui suit a été légèrement remaniée en février 2016.
En effet,
« Qui » se souvient de « quoi » ?

Tag » le Mur n’est pas tombé », ex-Berlin Est. 2010. Archives Gorboff(c)
Berlin, presque Auschwitz, les Juifs, le Mal…mais aussi Berlin réunifié, la repentance des Allemands, l’Est enfin accessible, le mémorial de l’Holocauste, le nouveau Reichstag et les musées se rapportant au national-socialisme. Soixante-cinq ans après la fin de la guerre, j’étais curieuse de voir comment les descendants des SS et de la majorité silencieuse réécrivaient l’Histoire car, à la différence des Russes, le peuple allemand a vénéré Hitler. Pour avoir persécuté, affamé et déporté leurs propres peuples, Lénine et Staline furent autant craints qu’aimés.
J’avais tout lu, ou presque, sur l’extermination des Juifs, vu et revu Shoah ; j’étais allée à Dachau et, au Cambodge, avais visité le camp S 21. Mes amis se moquaient de mon attirance morbide pour le monde concentrationnaire : je l’expliquais par le désir d’aller au plus près – de comprendre- le mal.
Lorsque, avec la mémoire sélective qui est la nôtre et qui varie selon les âges de la vie, j’essaye de retrouver l’origine de cette curiosité peu commune, de me rendre compte pourquoi – très tôt et pour toujours -, Auschwitz fut pour moi (comme pour tant d’autres, mais il s’agit ici d’un itinéraire personnel) le symbole du mal, je suis incapable de le faire avec précision. Un film sur le camp d’Auschwitz, peut-être…Dès l’adolescence, sans que cela ait jamais été clairement formulé dans mon esprit, Auschwitz incarna pour moi le malheur du monde et, plus précisément, celui de la Russie : bel exemple de transfert et de conditionnement anticommuniste précoce mais qu’importe ! Les choses importantes sont celles dont on se souvient. Lire la suite →