A pogrom in central Russia, by Sophie Gorboff,Yalta,1919

TRANSLATED FROM FRENCH : « Un pogrome en Russie centrale » par Sophie Gorboff, Yalta 1919

 
Petrovskoe, the  family house. Gorboff Archives(c)

Petrovskoe. The family house of Nicolas and Sophie Gorboff. Archives Gorboff(c)

It started as it had everywhere else: a visit from the soldiers on the pretext of searching for firearms. There were six of us in total, living in the countryside: my sick husband, still bedridden after a very serious illness, my two daughters, my grandson, our nurse and myself. All of our young men were in the army at that time.

It was a November afternoon, a few days after the Bolsheviks coup d’état. I was informed that the yard was full of peasants who continued to arrive in large numbers, wives and children included.

What could they possibly want from us?
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Рукописи Горбовых, до и после изгнания

ПЕРЕВОД С ФРАНЦУЗСКОГО 

TRADUIT DU FRANCAIS : gorboffmemoires.com. Les écrits de la famille Gorboff ( janvier 2015)  

Марина,Софья Николаевна Горбовы,Владимир,Мария,Екатерина Горбова/ Литвяк,Софья,Юлия,Михаил Горбовы, Париж,1943 г. Архив М. М. Горбовой(с) 

После Германии (Висбаден, Пассау) где Николай Михаилович Горбов умирает в феврале 1921 года, три месяца после отъезда семьи из России, Горбовы переезжают в Париж (1934). Как и многим эмигрантам, им придется, по словам Данте, «…ступать по чужим лестницам». Ни один Горбов, родившийся в России, не вернется в СССР, и никто из них не увидит падения коммунизма. Первая поездка члена семьи в Россию была моей, в 1961 году, но я родилась во Франции и не возвращалась на родину.

Глядя на фотографии Горбовых до и после изгнания, мне иногда кажется, что я иду по стопам Даниэля Мендельсона в поиске своей пропавшей семьи (Пропавшие,2006). Наши поиски различны, но в обоих случаях речь идет о пропавших людях, мирах, о стертой памяти.

Читатель понял, что сохранение и передача семейной памяти Горбовых, а также и памяти других эмигрантских семей, русских или нерусских, но всё же подвергнутых изгнанию, является целью этого блога. Lire la suite

Loin de Moscou : Jules Legras et la famille Gorboff


Colloque Jules Legras: Communication donnée le 
9 décembre 2017. Dijon 

L’histoire de l’amitié de Jules Legras (1866-1939) et de la famille Gorboff telle que nous pouvons la déchiffrer aujourd’hui repose sur la confrontation de plusieurs textes, le Journal de Jules Legras (enfin accessible au public) et les Mémoires de la famille Gorboff. Ils appartiennent à deux catégories différentes que tout oppose mais qui se complètent : un journal, gardé secret, écrit au jour le jour, et des Mémoires écrites en peu de temps, destinées à être lues.

Comme tant de journaux intimes tenus afin de servir de support à la mémoire ou aux émotions de leurs auteurs, le journal de Jules Legras – rédigé pendant 49 ans, sans rajouts, ni corrections -, est unique : en cas de perte, son auteur lui-même eût été incapable de reconstituer ce  « corps second » dont parle Frédéric Amiel : « Qu’un incendie, un déménagement m’enlève ce corps et je me sentirai diminué de mon âme, amoindri dans mon être, mutilé, dépouillé irrémédiablement. »  Nous connaissons le symbolique « double corps » du roi – physique et politique. Le « corps second » de l’homme, unique et irremplaçable comme lui, son double secret, n’est pas moins significatif. La description minutieuse de ses voyages en Sibérie ou de sa vie en France n’enlève rien à la nature intime du Journal de Jules Legras. J’avais oublié à quel point toute lecture de journal était une effraction. Lire la suite

Les lettres détruites de Michel Gorboff

Citation

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Michel Gorboff (1898-1961) dans les années trente.  Archives Gorboff (c)

Je ne sais quel puissant instinct de conservation né de l’exil, réel ou imaginaire, de ma famille, m’a incité tout au long de ma vie à garder certaines lettres. Elles ont survécu aux déménagements et autres aventures, et s’il m’arrive d’en détruire quelques-unes  – celles des morts ou vifs relégués par le temps dans la catégorie des « sans réelle importance » -, les autres font partie de ce noyau dur de la mémoire que je tente de préserver, ne serait-ce que pour éviter la réécriture de l’histoire. Mais les lettres de ceux que l’on a aimé révèlent parfois des blessures qu’il ne nous appartient pas d’exposer au regard du monde : là encore, il faut sélectionner, c’est-à-dire détruire. C’est ce que j’ai fait avec les lettres de mon père. Où commence la sphère publique, où s’arrête l’intime ? Faut-il tout dire, tout montrer ? 

J’avais oublié leur existence… Elles étaient là, pourtant, au nombre de six, les seules à avoir survécu à la destruction de ces cartes postales et petits mots que mes petits-enfants assimilent à la préhistoire et dont ils ignorent la saveur, comme ils ignorent celle des lettres d’amour et l’attente du facteur.

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Les cahiers de Juliette Gorboff

Face au point de départ – cette photographie de maman jeune fille, telle que je ne l’ai jamais vue -, il y a celle dont on ne se souvient plus que comme d’une vieille, ou très vieille, dame. Le point d’arrivée est connu : voilà presque vingt ans qu’elle n’est plus, et malgré les nombreux différents qui nous ont opposés, je ne peux l’oublier. Dans ce blog destiné à servir de support à la mémoire de mes descendants, il ne sera question que de son attachement passionné à la Russie, où elle n’était jamais babi avion 2allée, de son activité publique au sein de divers organismes caritatifs russes et de son antisémitisme, qui nous a tant troublé. Le reste – notre affection, nos mésententes, nos joies et nos peines – relève de la transmission familiale, avant que le temps n’efface définitivement les traces de la famille Gorboff.

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Juliette Gorboff(1904-1998), Paris, vers 1996, archives Gorboff(c)

Dans un pays à l’administration aussi tatillonne que celle de la France, seul un miracle administratif a permis à ma mère de travailler jusqu’à l’âge de quatre-vingt-six ans : en 1990, elle mit elle-même fin à ses fonctions de gouvernante à la maison de retraite de Sainte-Geneviève-des-Bois. J’habitais rue du Bac, un appartement se libérait : nous avons vécu côte à côte, sur le même palier. De fille rebelle je suis peu à peu devenue la mère de ma mère ; l’histoire est classique. Nous nous sommes  alors retrouvées. Lire la suite

Un pogrome dans la Russie centrale, par Sophie Gorboff, Yalta. 1919

Également sous-titré « Épisodes de la Révolution russe », ce texte fut écrit en français ; nous en avons respecté l’orthographe (notamment celle de « pogrome ») et la syntaxe. La traduction russe est accessible en ligne « Погром в центральной Росии »  

Malevitch paysan

Kasimir Malevitch, le faucheur, 1913      

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le russe, « gromit’ » signifie « saccager, piller », et « grom », tonnerre. Qu’une femme aussi instruite que Sophie Nicolaevna Gorboff ait barré le mot « pillage » pour le remplacer par « pogrom » (ce massacre collectif d’êtres humains auquel la Russie a eu le triste privilège de donner un nom) montre à quel point, bien que sans mort d’homme, la destruction de la propriété de Petrovskoe s’apparentait à ses yeux à un massacre

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Extrait du manuscrit de Sophie Gorboff. BM Dijon.Fonds Jules Legras.

J’ai découvert le texte de ma grand-mère aux archives municipales de Dijon, dans le fonds Jules Legras. Son existence était inconnue de la famille. Sophie Nicolaevna se trouvait à Yalta, sur le chemin de l’exil, lorsqu’il fut écrit en français, tant pour échapper au regard des commissaires politiques lors d’une éventuelle perquisition que pour servir de témoignage en Occident. Jules Legras entretenait depuis de longues années des liens étroits avec la famille Gorboff. Il était un membre influent du « Monde slave » (1917-1938), première revue française consacrée aux pays slaves, et Sophie Nicolaevna lui a probablement remis son texte à des fins de publication. Pour je ne sais quelles raisons, celle-ci n’eut jamais lieu.  

A Yalta, où ils s’étaient réfugiés après le pillage de Petrovskoe, les membres de la famille Gorboff vivaient dans la promiscuité ; le travail de Sophie Nicolaevna n’avait pu passer inaperçu. Je suis persuadée qu’après avoir rédigé son texte, ma grand-mère l’a montré  à son mari et à ses enfants, notamment à mon père, lors de ses permissions à Yalta. Dans les Souvenirs de la guerre civile, papa décrit la soif de représailles qui fut la sienne lorsque l’armée blanche est arrivée à proximité de « son cher Petrovskoe ». Lire la suite

Sophie Gorboff. Mes Souvenirs.1924 (3) Gorky

ПЕРЕВОД С РУССКОГО

GORKI, Gorboff

Gorky, la propriété des Gorboff

Ma cousine Marie Litviak avait entendu dire que le domaine appelé ’ Yankiny Gorky’ (gorky, collines) dont il est ici question et qui fut un moment la propriété des Gorboff, était l’endroit où mourut Lénine…Vérification faite, ce n’est pas le cas. De Petrovskoe, la propriété des environs de Mzensk tant aimée de mon père, il ne reste rien  car elle fut incendiée lors de la révolution. Et c’est peut-être mieux ainsi car … « les vrais lieux ne sont portés sur aucune carte : ils n’y figurent jamais  » (Melville) 

Les Souvenirs écrits en 1924 par Sophie Gorboff prennent fin avec ce troisième épisode. Trente-neuf années (dont quatre années en terre étrangère), séparent la jeune fille de 1885 de la   femme en exil. Elle a changé mais l’unité de ton demeure : Sophie Gorboff ne parle que de ceux qu’elle a réellement aimé, son père Nicolas Masloff et son mari, Nicolas Gorboff. Pas un mot, ne serait-ce que d’introduction, sur la fuite, l’exil, la perte de son pays natal, sa nouvelle condition d’émigrée…Seul le passé compte. Elle n’écrira plus.

Le récit de Sophie Nicolaevna s’arrête avant la naissance de ses enfants, mais j’ai néanmoins cherché dans ce texte des traces de l’enfance de mon père. Et comme tous ceux qui ont un jour  Ma cousine Marie Litviak avait entendu dire que le domaine appelé Yankiny Gorky (gorky, collines) dont il est ici question et qui fut un moment la propriété des Gorboff, était l’endroit où mourut Lenine…Vérification faite, ce n’est pas le cas. De Petrovskoe, la propriété des environs de Mzensk tant aimée de papa, il ne reste rien  car elle fut incendiée lors de la révolution. Et c’est peut-être mieux ainsi car … « les vrais lieux ne figurent sur aucune carte » (Melville) 

Les Souvenirs écrits en 1924 par Sophie Gorboff prennent fin avec ce troisième épisode. Trente neuf années (dont quatre années d’exil), séparent les deux femmes. Elle a changé mais l’unité de ton demeure : Sophie Gorboff ne parle que de ceux qu’elle a réellement aimé, son père Nicolas Masloff et son mari, Nicolas Gorboff. Pas un mot, ne serait-ce que d’introduction, sur la fuite, l’exil, la perte de son pays natal, sa nouvelle condition d’émigrée…Seul le passé compte. Elle n’écrira plus.

Le récit de Sophie Nicolaevna s’arrête avant la naissance de ses enfants, mais j’ai cependant cherché dans ce texte des traces de l’enfance de mon père. Et comme tous ceux qui ont un jour ouvert un cahier de souvenirs, j’ai eu peur de ne pas aimer les personnages auxquels, que je le veuille ou non, j’étais liée par le sang. A mon grand soulagement, il est apparu que les membres de la famille Gorboff s’inscrivaient sans peine dans le cadre des autres filiations que je revendique, non moins importantes que celle de la famille biologique.

Ce grand-père,  à mes yeux moyennement sympathique, que je n’ai pas  trouvé  en la personne de Nicolas Gorboff, est venu à moi  par le biais de son père, le charmant Mikhaïl Akimovitch Gorboff. En véritable dilettante, rien que pour son plaisir, ce riche marchand traduit – mal, probablement, mais quelle importance ? – La Divina Commedia, apprend successivement le chinois et le hongrois, se constitue une bibliothèque pour meubler son esprit. Sophie Nicolaevna a bien fait d’écrire ses Souvenirs…

                                                                        *

       Gorky fut acheté au moment du dégel ; je ne pus le visiter en hiver. Nous décidâmes d’y emménager définitivement lorsque la route serait dégagée et de ne plus retourner à Moscou.

Encore des malles, encore des choses à emballer. Le personnel ne voulut pas nous suivre à la campagne. On trouva une nouvelle cuisinière et une jeune femme de chambre, Marfoucha, qui s’avéra très habile et débrouillarde ; elle nous servit presque jusqu’à Petrovskoe. Lire la suite

Sophie Gorboff. Mes Souvenirs. 1924 (1) Premiers pas avec les Gorboff

Nicolas et Sophie Gorboff vers 1887. Moscou. Archives familiales(c)

Sophie Nicolaevna avait dédié son premier texte  des Souvenirs de 1885 aux enfants mâles de ses frères, mais ce second cahier de Souvenirs, dédié à ses propres enfants, quel que soit leur sexe, marque une nette évolution de sa perception du monde .. Elle l’écrit en 1924, en exil, après le décès de son mari, Nicolas Mikhaïlovitch Gorboff (1859-1921) à Francfort/Main. On ne peut que remarquer la similitude de sa démarche : comme pour son père, elle attend trois années avant d’entreprendre le récit de sa vie avec un époux non moins aimé mais au caractère bien plus difficile ..

Par son mariage avec Nicolas Gorboff (1887), Sophie Masloff découvre un milieu inconnu, celui de riches marchands moscovites, et une famille dominée par la haute figure de son beau-père, Michel Akimovitch Gorboff (1826-1894), qui fut l’ami et le protecteur de son propre père ; elle lui sera très attachée. Nous avons fragmenté en trois parties le récit de ces premières années de vie conjugale, qui prend fin en 1890 avec l’arrivée d’un premier enfant.

 

                                                     MES SOUVENIRS

                                                       (à mes enfants)

         Combien de fois me suis-je assise devant une feuille de papier afin de commencer le récit de cette seconde partie de ma vie – et je n’arrivais pas à écrire. Saurais-je le faire ? La personnalité de votre père est tellement complexe, fragile et insaisissable, tellement pleine de contradictions. Vous connaissez ses qualités : esprit clair, noblesse d’âme et bonté de cœur – où trouver un alliage aussi parfait ? Celui qui parvenait à approcher cette âme compliquée, cachée sous une carapace d’inaccessibilité, parfois même de rudesse, trouvait risibles et mesquins les griefs de ses proches : qu’il était bizarre, intolérant, trop exigeant et avait un don bien particulier, celui de discerner immédiatement le point faible des hommes et de frapper juste…Oui, il y avait cela en lui, mais pourquoi ? Parce que ses idéaux étaient trop élevés et son intelligence, trop aiguë…

C’est pour cela que je n’ai pas eu peur lorsque ma mère, devant ce très « étrange » fiancé, m’a plus d’une fois conseillé, en proie à une terrible émotion, de lui refuser ma main avant qu’il ne soit trop tard. Je n’ai pas eu peur lorsque ses propres parents et Nadia, mon amie, m’ont prévenue qu’il n’était pas facile vivre…Non, ce n’est pas de cela dont j’avais peur en l’épousant : j’avais peur de ne pouvoir réaliser les espoirs qu’il fondait sur moi… Lire la suite

Sophie Gorboff. Mes souvenirs 1924 (2) Petrovskie Linii, n°10

couple

Nicolas  Gorboff (1859-1921) vers 1910. Moscou. Archives familiales(c)

Sophie Gorboff (1863-1949), Moscou. 

Les « jeunes Gorboff », comme les appelle le « vieux » et charmant Mikhaïl Akimovitch Gorboff (1826-1894) nous font découvrir d’excentriques vieilles dames dont les audaces nous paraissent aujourd’hui bien modestes..Ils font connaissance du pédagogue Ratchinsky qui les incite à suivre le mouvement du « retour à la terre » (la Vérité dans le peuple), grande préoccupation des intellectuels russes. Les écoles rurales sont alors à la mode. Tolstoï fonde une école à Iassnaya Poliana et y enseigne « avec passion ». Les Gorboff et les Tolstoï sont voisins et le meilleur ami de mon père, Dorik Soukhotine, est le fils de Tatiana Lwovna Tolstoï.  

   Petrovskie Linii, porte n°10, appartement 41…Ceux qui sont venus chez nous, dans notre premier appartement moscovite, sont presque tous morts. Est-ce tellement lointain ? Moi, je revois tout jusqu’au moindre détail : notre grand salon carré aux meubles lourds, avec mon bureau et mon armoire à livres, mon piano Bechstein … Le bureau de papa, long et étroit, tapissé de tissu oriental, donnant sur son cabinet de toilette ; Leskovsky appelait cette tapisserie « Les portes de Tamerlan ». Ma chambre, à gauche du salon. Plus loin, après l’entrée et le couloir, une petite salle à manger. Et un escalier de 87 marches…mais cela n’avait aucune d’importance à nos yeux. Vingt fois par jour, nous montions et descendions cet escalier, heureux d’habiter au cœur de la ville, à côté de toutes les librairies et à deux pas des théâtres et des passages.

 – Sonia, puisque tu vas te promener, achète-moi un  crayon semblable à celui-là.

– Kolia,  pourrais-tu  passer chez P. ou chez B. ? C’est sur ton chemin.

Pour que grand-père puisse arriver jusqu’à nous, nous achetâmes un fauteuil pliant en tissu, avec deux poignées de cuir : le valet et le portier montaient Mikhaïl Akimovitch dans les étages. Nos mères et les autres dames âgées se reposaient sur les paliers où l’on avait mis des chaises, ce qui ne les empêchait pas de reprendre leur souffle avant de sonner à la porte. Lire la suite

Mes Souvenirs, par Sophie Masloff / Gorboff.1885 (2). Nicolas Masloff. La fin

Nicolas Masloff Moscou Archives Masloff (c)

Nicolas Ivanovitch Masloff (1826-1882) Moscou. Archives Masloff (c)

Alors que la première partie des souvenirs de Sophie Gorboff (1863 -1949) – consacrée à l’ascension sociale du fils de berger analphabète que fut son père Nicolas Masloff (1826-1882) – est intéressante à plus d’un titre, la seconde partie déçoit.

Sophie Nicolaevna Masloff fut avant tout la femme de deux hommes : son père et son époux. L’amour qu’elle porte Nicolas Ivanovitch Masloff l’incite à n’omettre aucun souvenir de sa petite enfance (barbe de papa qui pique, jeux, bonbons..) ni le moindre détail se rapportant à la construction d’une nouvelle maison ou à la longue maladie de son père.

Rien de plus ennuyeux que ce genre de souvenirs… Afin de ne pas lasser le lecteur, j’ai donc procédé à des coupes pour ne garder que le récit des relations père/fille adulte ainsi que la partie la plus émouvante du récit, celle de la mort de ce père tant aimé.

Rédigés par une jeune fille du XIXe siècle (rappelons que Sophie Masloff est âgée de vingt-deux ans), la vie et la fin de Nicolas Ivanovitch sont un bel exemple de moralité chrétienne ; elles relèvent quasiment d’une vie de saint, si ce n’est des « Vies » de Plutarque. Cette hagiographie familiale révèle l’empreinte de la religion et de la culture classique, très présentes dans certains milieux russes au XIXe siècle.. On s’étonne de voir Nicolas Ivanovitch –  fouetté dans son enfance lorsqu’il est surpris un livre à la main – citer Shakespeare à la fin de sa vie, comme on s’étonnera de voir le beau-père de Sophie Nicolaevna, le charmant et (nouveau) riche marchand Michel Gorboff (1826-1894) traduire Dante ou Goethe … Une commune passion des livres unira les deux familles. Lire la suite